Autour de nous

Gardons les yeux ouverts

kézako: les Zazous?

les-zazou.jpg

Les zazous sont des drôles… de zigotos.

Fans de Swing, musique de débauchés en 1930, ils ne se coupaient pas les cheveux!

Horreur, malheur!

Ils ont fait pire. Ils ont fumé des cigarettes!

De véritables rebelles!

Aujourd’hui, leur révolte ferait sourire mais à l’époque, ils ont résisté à l’Occupation en s’opposant à l’ordre établit. Ils ont délibérément défié les règles par la pratique de la dérision, de l’excès, de la joie.

Les zazous rejettaient la morale judéo-chrétienne culpabiliste,  les comportements colonialistes et nationalistes.

Une jeunesse avant-gardiste, une révolte des fils contre leurs pères.

Les zazous seraient-ils les grands parents des hippies? Oui.

Publicités

Laurent Bignolas, victime heureuse des envieux

bignolas1.jpg

C’est un dialogue que Laurent Bignolas, présentateur de l’émission Faut Pas Rêver, a voulu établir avec les étudiants de l’IUT de journalisme de Cannes. Vendredi 11 janvier, il a investi la scène du théâtre du Collège International pour partager son expérience face à un public faussement corrosif.

Son visage est connu. Laurent Bignolas travaille à France 3 depuis 17 ans. Les étudiants l’avaient déjà vu en action. En plein désert africain, au fin fond de la Mongolie ou même sur le plateau du journal télévisé de France 3 pour les plus âgés.

Ils s’attendaient peut-être à affronter un mastodonte télévisuel. Ils ont rencontré un homme simple, conscient d’exercer « un métier privilégié ». Depuis presque 10 ans, il présente l’émission Faut Pas Rêver qui lui a permis de faire le tour du monde. Il l’avoue humblement : « j’ai une chance inouïe de passer mon temps à me promener sur la terre ».

Une position enviée dans la profession et dans l’assistance qui lui reproche dès les premières minutes de « prendre des vacances alors que les français ne peuvent pas s’en payer ». L’accusation le fait tranquillement sourire. Les jaloux, il connaît, il en croise régulièrement. Il explique patiemment qu’ « il ne va pas se flageller tous les jours pour la chance qu’il a » avant de rectifier l’accusation. Il apprend aux futurs journalistes la réalité de son métier. Une réalité que ces derniers auraient pu réaliser tout seul :

« vous savez, quand je pars en voyage, ce n’est pas des vacances, je travaille. »

Le journaliste se lance alors dans la théorie pour démonter les stéréotypes de son activité.

 

« J’ai la responsabilité de l’image que le reportage va donner »

Détendu, il parle de la préparation d’un reportage, de l’avant et après tournage. Il apporte au public ses souvenirs de terrain : « je suis le premier levé de l’équipe et le dernier couché. Je ressens un mélange d’angoisse et de joie car même si je suis heureux dans la découverte, j’ai la responsabilité de l’image que le reportage va donner d’un pays. » Cette responsabilité, il doit l’assumer envers le pays visité et le public pour lequel il travaille. Laurent Bignolas a la conviction des missions du service public, le « contre-pouvoir de la télévision nécessaire à la démocratie ». Convaincu que Faut Pas Rêver n’aurait pas tenu longtemps sur d’autres chaînes qui privilégient le sensationnel, il confie avoir eu des problèmes avec le service public « sans jamais avoir réussi à s’en débarrasser ( du service public) ».

Le reporter possède la parade aux prises de becs avec son employeur : la discussion. Lorsque qu’il veut intégrer dans son émission classée « divertissement » des sujets dits sérieux, il ne travaille pas Georges Pernoud, son directeur, au décibel. Pas de cris ni de portes claquées, Laurent « biaise, case malhonnêtement dans ses présentations un tiers de sujets consacrés aux problèmes réels comme le racisme où le manque d’eau ».

 

Concilier divertissement et journalisme

Les impératifs de l’audience planent sur l’émission qui a perdu des millions de téléspectateurs. Faut Pas Rêver se doit de divertir. Mais comment réaliser un documentaire sur la Birmanie sans parler de la junte militaire ? Le journaliste dit parvenir à conjuguer les impératifs de la direction avec sa profession car « il ne veut pas passer dans un pays et mettre de côté la misère si elle fait partie de la vie quotidienne des habitants. Je ne vais pas filmer en Afrique sans parler du SIDA, de la pauvreté et de l’oppression, même si on me l’a déjà demandé ».

Mais si quelqu’un était opprimé vendredi lors de la conférence, c’était bien lui. Harcelé par un professeur qui lui a fait réciter l’organigramme de France Télévision, il a ensuite contré les invectives d’une étudiante qui voulait absolument comprendre pourquoi il ne serait pas heureux de présenter J’irai dormir chez vous (un programme alliant divertissement et découverte). Il a choisit l’humour pour se libérer de ses assaillants.

Baroudeur à l’aise à la barre de l’accusation, il a gardé son flegme et son sourire jusqu’au bout. A 47 ans, il sait qu’il a fait ses preuves. Face à un public essentiellement féminin, il a su user de son charme, qu’il a puissant. Laurent Bignolas n’aura pas fait que des jaloux.

Julie Azémar

L’hidalgo del Rio

del-rio.jpg

Denis Del Rio se la joue. Il l’a prouvé lors de la conférence professionnelle de l’IUT de journalisme de Cannes. Mais il a su captiver son auditoire en réaffirmant les devoirs et la liberté de la presse.

Intenable. L’avocat spécialisé dans le droit de la presse et la protection des sources, Me Del Rio,a littéralement bluffé vendredi 14 décembre les étudiants en journalisme. Arrivé en avance, il s’est installé confortablement sur l’estrade du théâtre du Collège International. Déjà, il rie, bouge, discute. Il a hâte de commencer. A 14h, il démarre, hilare, son plaidoyer sur la protection des journalistes. Décontracté, il déconcerte l’auditoire par sa silhouette longiligne de dandy italien. Il est jeune, 36 ans, a le sens de la communication et de l’humour. Il aurait pu être mannequin, il a choisi de défendre une cause qui l’intéresse. L’avocat explique qu’il a eu « la chance d’avoir accès au droit des médias. On ne choisit pas toujours mais on se spécialise par rapport à sa clientèle. En fait, je défends n’importe qui. » Autrement dit, les journalistes. Les rires emplissent le théâtre. Le « one man show » continue. Celui qui s’est engouffré dans « le tube cathodique » consent aisément que le salaire n’est pas étranger à son choix de carrière. Il pose d’emblée les cartes sur la table du débat : « Tout avocat est mégalo. Moi, en plus, je suis cynique ».

Il s’insurge contre l’immobilisme des journalistes

Une impudence nonchalante contrebalancée par l’ardeur de ses prises de positions. Il fustige, avec raison. Accuse, preuves à l’appui. Il a une dent contre les journalistes complaisants avec le pouvoir et plaide pour une presse critique. Lorsque Nicolas Sarkozy a brandi le trophée de capture d’Yvan Colonna en déclarant « avoir trouvé l’assassin », aucun journaliste n’a contredit les propos du président, qui a bafoué un droit essentiel, la présomption d’innocence. «  Au contraire, s’enflamme-t-il, tous les journalistes ont repris l’information sans rectifier l’erreur. Il faut des reporters critiques et dissidents. » Des agitateurs. Comme lui. L’avocat a incité les étudiants à la débauche déontologique : « Le problème n’est pas tant la liberté de la presse (on n’est pas en Chine) que ce vous allez en faire. Vous devez être des garde-fous dans les moments où la justice dérape. » Il en cite plusieurs exemple avant de lancer son pavé : « J’aime pas les juges, ils sont méchants. Au début, je me suis dit: ils portent des robes et ils ont l’air gentils mais non ». Au-delà d’un discours léger, il dénonce les pratiques expéditives des juges d’instruction qui s’immiscent dans les rédactions (il est l’avocat du quotidien Nice Matin) pour réclamer des photographies prises dans des manifestations.

Vous n’êtes pas des « indic »

Dès qu’il s’agit d’informations pratiques, l’avocat donne des conseils avec le plus grand sérieux  : « Ne donnez pas de photos. Dites que vous ne gardez que celles qui ont été publiées. Vous n’êtes pas des indic. Si vous coopérez, vous ne serez plus crédible et les gens n’auront plus confiance en vous. » Déjà que… Il rie. D’un rire à la limite du diabolique. Puis s’excuse : « Je suis normal…en temps normal ». Comprenne qui pourra de cet homme à la fois déroutant et passionné. Il révèle aux étudiants médusés qu’  « il n’y a pas réellement de protection des journalistes. En tous cas, elle n’est pas spécifique et fait partie du code pénal ». Les juges, encore eux, peuvent contourner le secret professionnel en faisant basculer le journaliste du statut de témoin à celui de complice. Réjoui de l’effet produit par son scoop, il termine, égal à lui-même, sur une note politiquement engagée : «  La liberté n’est jamais acquise. Ne baissez pas la garde et reconstruisez la presse d’opinion ! » L’assemblée subjuguée applaudit. On l’aurait bien écouté pendant des heures cet avocat. Nous qui avons séché les cours de droit. Julie Azémar

 

L’équanimité au service de l’information

Christian Chesnot:

        grand reporter

        spécialiste du Moyen-Orient

        enlévé en Irak en 2004 par l’armée islamisque qui demande le retrait de la Loi sur la laïcité dans les 48 heures. Il restera 124 jours en détention avec son confrère Georges Malbrunot.

 

 chesnotbeau.jpg

 

La conférence donnée par Christian Chesnot a démonté les préjugés des futurs journalistes sur une profession largement «  mythifiée » : reporter à l’étranger.

 

Le théâtre du Collège International de Cannes était en ébullition vendredi 9 février. Les étudiants de l’IUT de journalisme ont attendu avec impatience l’arrivée de Christian Chesnot, le célèbre journaliste spécialiste du Moyen-Orient retenu en otage par l’armée islamique Irakienne en 2004. A ceux qui imaginaient déjà un héros ou une « tête brûlée », Christian Chesnot a offert une image simple et humble, celle d’un journaliste intègre et tranquille dans ses convictions. Pas de récits à sensations mais une vision réaliste du métier de correspondant à l’étranger et une connaissance pointue de la géopolitique de l’Irak et du conflit israélo-palestinien.

Pourtant, c’est bien cet homme qui, diplômé à la fois de Sciences-po et du CFJ de Paris, a choisi de s’installer à Amman pour exercer son métier de 1999 à 2004. Une décision majeure qui a fait de lui une pointure de la profession.

Concrètement, il a partagé son expérience en insistant sur la nécessité de «  bien choisir le lieu où on s’installe pour trouver sa niche ». Christian Chesnot a revendiqué le statut de correspondant free-lance à l’étranger qui permet l’indépendance, la gratification et la diversification des médias d’exercice. «  C’est l’idéal pour un journaliste car il y a des débouchés à l’étranger »,a-t-il confié aux étudiants transportés en un instant au Moyen-Orient. Il a insisté sur la nécessité de pratiquer le terrain en début de carrière car le reporter, avant de pouvoir analyser des faits, doit «  montrer les évènements ».

Sa déontologie s’articule autour du concept de l’honnêteté car il est conscient que «  personne n’est objectif ».

Une règle, rester sur le droit international pour ne pas tomber dans le parti pris. Un garde-fou, donner la parole à tous les acteurs.

Journaliste à France-Inter au service étranger depuis 2005, c’est avec une connaissance pointue des stratégies politiques du Moyen-Orient qu’il a répondu aux interrogations du public. Si l’intervention des Etats-Unis en Irak est « une suite d’erreurs jusqu’à maintenant », il s’est défendu d’apporter ses solutions car ce n’est pas son métier. « La démocratie reste un processus long. Imposée, elle est contre-productive ».

Mais faut-il pour autant laisser l’Irak régler ses problèmes seul ? Question d’actualité que le reporter a laissé volontairement ouverte.

Insistant sur les liens étroits entre la politique étrangère de la France et la vision de la population Irakienne quant aux journalistes français, Christian Chesnot mise sur sa mission : «  le journaliste peut critiquer les actions gouvernementales »et exercer son contre-pouvoir. Convaincu que l’information possède une fonction pédagogique, il a donné son avantage à la presse qui développe des sujets de fond au détriment de la télévision, « format court » que les spectateurs «  ne peuvent pas décrypter ».

Une réflexion qui a probablement offert aux étudiants un sujet de méditation.

Julie Azémar

Un long chemin vers la liberté

mandela.jpg

Le livre manifeste de Nelson Mandela par Nelson Mandela.

Livre captivant. Livre « aimant ».

Je ne l’ai pas encore terminé mais ça ne saurait tarder.

Samedi soir, lors d’une folle nuit cannoise, je n’ai pas hésité à boire un café à 23h00 pour braver le sommeil et faire défiler ces pages d’une justesse infinie. Du fond de mon lit, je suis partie dans un pays opprimé, divisé, en quête de liberté. J’ai tenu jusqu’a minuit. Puis je me suis endormie, l’ouvrage dans les mains. Posture pratique qui permet de reprendre la lecture au réveil. Comme une invitation, que j’ai acceptée dimanche matin.

Des mots simples, les siens.

Des mots témoignages d’une vie qu’il a dédiée à son pays, l’Afrique du Sud.

Mandela raconte, explique, détaille mais ne tombe pas dans le prêche.

Un long chemin vers la liberté est à la fois l’auto-biographie d’un homme, un récit historique précieux et un témoignage de l’injustice subie par son peuple.

Julie Azémar

La dernière fois de Hamza

hamzapetit1.jpg

«  Je suis fatigué « .

Fatigué de se cacher, de travailler au noir, d’attendre une nouvelle loi sur l’immigration. A 26 ans, Hamza est sans-papiers depuis son arrivée en France en 2005. Son dossier a été rejeté à trois reprises par la préfecture de Lille. Il va essayer une dernière fois à Nice : “J’ai entendu parler d’une loi sur la promesse d’embauche. Je vais voir. Si ça marche pas, je me casse. J’en peux plus « . Il vit dans l’appartement d’un ami qui  » a des papiers « . Par peur d’être arrêté, il sort peu. Il évite  » Golfe Juan parce qu’il y a trop de flics et donne un faux nom en cas de problèmes « .
Aujourd’hui, il ne veut plus se cacher.  » J’en ai marre. Je vais parler franchement à la préfecture « . A l’accueil, il se renseigne sur la promesse d’embauche.
Un avenir sans cesse repoussé.
On lui répond positivement :  » Oui, c’est possible, revenez en janvier « . Le lendemain, le guichetier expliquera que  » ce n’est pas si facile. La préfecture n’a encore rien reçu par rapport à ce décret. On doit recevoir une liste de professions susceptibles d’appuyer les demandes de séjour « .
Hamza, lui, est mécano. Si sa profession ne rentre pas dans la bonne case, il n’aura plus de recours.En attendant, il répare des voitures sur un parking dans la hantise de devoir rentrer au pays, la Tunisie :  » en deux ans, tout ce que j’ai, c’est 100 euros dans ma poche. Revenir au bled comme un chien, je peux pas”.

Julie Azémar

La préfecture, grand corps malade

A Nice, les titres de séjour ne dépendent pas que de la loi.

phonoprefpetite.jpgIls attendent dans le froid, serrés contre les barrières de la file d’attente de la préfecture de Nice. Chaque matin, du lundi au vendredi, cette même scène se reproduit. Ils arrivent dès 7h30 pour être les premiers, à 9h, à l’ouverture du service “Étrangers” . Deux portes finissent par s’ouvrir. La foule silencieuse se presse pour obtenir un sésame qui se fait rare : le ticket d’entrée pour atteindre un guichet. A Nice, tous n’y ont pas droit. Officiellement, les tickets doivent être délivrés jusqu’à la fermeture du service à 14h. Mais mercredi 19 décembre, le fameux guichet était vide dès 10h. Après plusieurs accrochages verbaux, le personnel s’est évaporé derrière une porte fermée portant le message: “Guichet fermé”. Un peu plus loin, une autre information : « pas de guichet, pas de ticket ». Volonté de réduire l’affluence ou irrégularité ponctuelle?

 

Un traitement des dossiers inégalitaire
Jean-Pierre Billiez, président du Comité de Vigilance des Alpes-Maritimes (COVIAM), est sur le terrain avec les sans-papiers. Loin d’être étonné, il explique que  » ça arrive tout le temps « . Mr Billiez accompagne le parcours des étrangers à la préfecture. Il connaît les lois et appuie un couple de Géorgiens dont le mari, Péka, bénéficie de l’asile politique. Ana, sa femme, demande un titre de séjour. Elle se voit refuser le fameux ticket : son dossier manque de preuves de vie commune. Jean-Pierre Billiez conteste et ressort le dossier. Après relecture en présence du personnel, il est désormais complet. Peka confie que  » sans Jean-Pierre, on serait rentrés à la maison, comme ils nous ont dit. Nous, on ne sait pas tout. Ils en profitent « .

 

La préfecture est muette
Des pratiques quotidiennes que la préfecture n’a pas souhaité commenter. Pascal Marcot, directeur de la réglementation avec les usagers, n’a pas le temps pour un entretien  » en cette fin d’année chargée au regard de la très lourde charge du service concerné”. Par contre, il propose de relire mon article avant sa diffusion pour « nuancer » mes propos.Pas de chiffres donc sur les sans-papiers ni sur les demandes de régularisations acceptées ou refusées.

C’est le président du Tribunal Administratif de Nice, Jean-Marc Le Gars qui commente les pratiques préfectorales : « fermer un guichet, c’est un refus implicite de non traitement des dossiers, tout comme les non-réponses aux demandes. Ces refus ne sont pas illégaux car une non-réponse reste un refus. Après décision de la préfecture, les personnes peuvent saisir le tribunal « .

Du 1er janvier au 15 décembre 2007, le tribunal a invalidé près de 40% des décisions administratives concernant les refus de titres de séjour. Selon les cas, la préfecture devra accorder les titres de séjour, réexaminer les dossiers ou tout simplement les traiter. Un magistrat confie que tous ne sont pas examinés. La préfecture des Alpes-Maritimes est taxée de mauvais élève: » la pire”, selon certains magistrats de la Côte d’Azur.

Manque de moyens financiers et de personnels, l’organisation du service étranger est remise en cause. La priorité de Mr Le Gars, c » est d’accorder les titres si la loi le permet et de reconduire les étrangers dont les dossiers sont rejetés. »

Dans l’attente d’une décision, les personnes en situation irrégulières se presseront encore demain matin contre les grilles d’une administration qui ne fonctionne qu’a moitié.

Julie Azémar