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Gardons les yeux ouverts

L’hidalgo del Rio

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Denis Del Rio se la joue. Il l’a prouvé lors de la conférence professionnelle de l’IUT de journalisme de Cannes. Mais il a su captiver son auditoire en réaffirmant les devoirs et la liberté de la presse.

Intenable. L’avocat spécialisé dans le droit de la presse et la protection des sources, Me Del Rio,a littéralement bluffé vendredi 14 décembre les étudiants en journalisme. Arrivé en avance, il s’est installé confortablement sur l’estrade du théâtre du Collège International. Déjà, il rie, bouge, discute. Il a hâte de commencer. A 14h, il démarre, hilare, son plaidoyer sur la protection des journalistes. Décontracté, il déconcerte l’auditoire par sa silhouette longiligne de dandy italien. Il est jeune, 36 ans, a le sens de la communication et de l’humour. Il aurait pu être mannequin, il a choisi de défendre une cause qui l’intéresse. L’avocat explique qu’il a eu « la chance d’avoir accès au droit des médias. On ne choisit pas toujours mais on se spécialise par rapport à sa clientèle. En fait, je défends n’importe qui. » Autrement dit, les journalistes. Les rires emplissent le théâtre. Le « one man show » continue. Celui qui s’est engouffré dans « le tube cathodique » consent aisément que le salaire n’est pas étranger à son choix de carrière. Il pose d’emblée les cartes sur la table du débat : « Tout avocat est mégalo. Moi, en plus, je suis cynique ».

Il s’insurge contre l’immobilisme des journalistes

Une impudence nonchalante contrebalancée par l’ardeur de ses prises de positions. Il fustige, avec raison. Accuse, preuves à l’appui. Il a une dent contre les journalistes complaisants avec le pouvoir et plaide pour une presse critique. Lorsque Nicolas Sarkozy a brandi le trophée de capture d’Yvan Colonna en déclarant « avoir trouvé l’assassin », aucun journaliste n’a contredit les propos du président, qui a bafoué un droit essentiel, la présomption d’innocence. «  Au contraire, s’enflamme-t-il, tous les journalistes ont repris l’information sans rectifier l’erreur. Il faut des reporters critiques et dissidents. » Des agitateurs. Comme lui. L’avocat a incité les étudiants à la débauche déontologique : « Le problème n’est pas tant la liberté de la presse (on n’est pas en Chine) que ce vous allez en faire. Vous devez être des garde-fous dans les moments où la justice dérape. » Il en cite plusieurs exemple avant de lancer son pavé : « J’aime pas les juges, ils sont méchants. Au début, je me suis dit: ils portent des robes et ils ont l’air gentils mais non ». Au-delà d’un discours léger, il dénonce les pratiques expéditives des juges d’instruction qui s’immiscent dans les rédactions (il est l’avocat du quotidien Nice Matin) pour réclamer des photographies prises dans des manifestations.

Vous n’êtes pas des « indic »

Dès qu’il s’agit d’informations pratiques, l’avocat donne des conseils avec le plus grand sérieux  : « Ne donnez pas de photos. Dites que vous ne gardez que celles qui ont été publiées. Vous n’êtes pas des indic. Si vous coopérez, vous ne serez plus crédible et les gens n’auront plus confiance en vous. » Déjà que… Il rie. D’un rire à la limite du diabolique. Puis s’excuse : « Je suis normal…en temps normal ». Comprenne qui pourra de cet homme à la fois déroutant et passionné. Il révèle aux étudiants médusés qu’  « il n’y a pas réellement de protection des journalistes. En tous cas, elle n’est pas spécifique et fait partie du code pénal ». Les juges, encore eux, peuvent contourner le secret professionnel en faisant basculer le journaliste du statut de témoin à celui de complice. Réjoui de l’effet produit par son scoop, il termine, égal à lui-même, sur une note politiquement engagée : «  La liberté n’est jamais acquise. Ne baissez pas la garde et reconstruisez la presse d’opinion ! » L’assemblée subjuguée applaudit. On l’aurait bien écouté pendant des heures cet avocat. Nous qui avons séché les cours de droit. Julie Azémar

 

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