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Gardons les yeux ouvertsArchive pour janvier 14, 2008
Développement durable: entre utopie et réalité
Du rapport Brundtland en passant par des traités internationaux, le développement durable se veut l’instigateur d’une nouvelle société planétaire respectueuse et égalitaire. Bilan des 20 ans.
“Peut mieux faire”. Telle pourrait être la note attribuée à la conférence de Bali sur le climat et le développement durable, qui prend le chemin des mauvais élèves. On pourrait préciser sur son carnet de résultat : “doit faire ses preuves à l’examen”. Mais pour le développement durable, pas de contrôle. C’est bien là que la notion perd de sa force. Dans l’action, les actions que ce courant peine à mettre en œuvre. L’environnement est un des trois piliers du mouvement et la lutte contre le réchauffement climatique une nécessité incontestée. Hors, samedi 15 décembre, la conférence de Bali n’a pas pris les mesures concrètes pour diminuer les émissions des gaz à effets de serre. Les Etats-Unis, la Chine et l’Inde ont refusé d’inclure dans le préambule des décisions des objectifs chiffrés. Une fois de plus, les conférences (à l’image du protocole de Kyoto), n’adoptent pas de mesures contraignantes. Une ” feuille de route ” a été rédigée, sorte de compromis qui permet aux pays signataires d’attendre la conférence de Copenhague, en 2009.Le développement durable se retrouve une fois de plus tourné vers l’avenir. Il regarde vers l’avant depuis sa création.
Un courant né d’inquiétudes
Développement durable. Deux mots qui ont commencé une ascension commune dans les années 1970. Au départ, ils se voulaient réactionnaires. Anticipants des problèmes environnementaux que nous connaissons aujourd’hui, ce sont les scientifiques qui ont tiré les premiers la sonnette d’alarme pour alerter sur les dérives du développement à la sauce capitaliste.
En 1972, le club de Rome publie un rapport, ” les limites de la croissance “ qui prône la croissance zéro de la démographie humaine pour épargner les matières premières, énergies fossiles qui ne sont pas renouvelables. Il dresse un bilan du capitalisme largement déficitaire : la terre se réchauffe dangereusement et l’essor industriel se révèle destructeur pour les milieux naturels.
Les catastrophes écologiques et humaines des industries chimiques font leurs premières victimes. Tchernobyl, Bhopal et Seveso sont les lieux de drames imputés aux activités humaines mal maîtrisées. Parallèlement, les inquiétudes sur l’augmentation des inégalités de développement entre le nord et le sud s’amplifient. Il est loin le temps où l’ONU avait baptisé les années 1960 ” décennie du développement “ en pensant que les pays du sud allaient rattraper leur retard économique.
Préserver les générations futures
Dangers environnementaux, économiques et sociaux impulsent alors une réaction mondiale cristallisée dans le rapport Brundtland de 1987.
Le développement durable est né, il a pour objectif d’inventer une croissance ne pénalisant pas les générations futures. Un consensus se forme autour de la nécessité de concilier l’écologique, l’économique et le social en créant un ” cercle vertueux” entre ces trois piliers. Le mot clé de ce mode de fonctionnement sociétal est la transversalité.
La représentation la plus claire en est la création de l’Agenda 21 lors du Sommet de la Terre à Rio, en 1992. Cet agenda traduit la mise en œuvre du concept de durabilité à l’échelle nationale, régionale et locale (voir encadré). Mais, une fois encore, l’avancée n’est pas franche. Aucun échéancier n’a été adopté. Cette frilosité dans la prise de décisions perdure dix après, à la Conférence de Johannesburg en 2002.
Le bilan du développement durable est significatif de ses faiblesses : le fossé entre pays riches et pauvres s’est aggravé, les atteintes à l’environnement n’ont pas été stoppés. Le protocole de Kyoto (sur la réduction des gaz à effets de serre), entré en vigueur en 2005, est combattu par les Etats-Unis, premier pays pollueur au monde.
A Johannesburg, le siège dévolu à George Bush reste vide. Et même si l’ONU propose des thèmes de rénovation prioritaires tels que l’eau, l’électricité, la lutte contre le SIDA et la préservation de la biodiversité, la conférence ne contraint pas les Etats présents.
Pourtant, le développement durable s’invite partout. Sur les affiches publicitaires des groupes pétroliers et nucléaires.
Le PDG de BP France n’hésite pas à redéfinir ce concept: “ Le développement durable, c’est d’abord produire plus d’énergie, plus de pétrole, plus de gaz, et peut-être plus de charbon et de nucléaire, et certainement plus d’énergies renouvelables. Dans le même temps, il faut s’assurer que cela ne se fait pas au détriment de l’environnement”.
De plus en plus détourné des buts affichés, le développement durable agit comme un alibi pour maintenir un type d’économie qui détruit à la fois l’environnement et le social. C’est ce que pense les partisans de la Décroissance qui taxent le développement durable d’”insoutenable oxymore”. Les militants de ce collectif soulignent l’impossibilité de concilier le pôle économique capitaliste avec un développement social et environnemental soucieux des générations futures.
A l’heure actuelle, l’ idéal durable n’a pas permis à l’humanité de “vivre ensemble autrement”.
Il doit encore prouver qu’il n’est pas qu’une utopie et se positionner dans le présent, quite à modifier les comportements consuméristes extrêmes des pays riches.
Sa réalisation dépend de nos concessions. J.Azémar


