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Archive pour janvier 14, 2008

La dernière fois de Hamza

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Je suis fatigué “.

Fatigué de se cacher, de travailler au noir, d’attendre une nouvelle loi sur l’immigration. A 26 ans, Hamza est sans-papiers depuis son arrivée en France en 2005. Son dossier a été rejeté à trois reprises par la préfecture de Lille. Il va essayer une dernière fois à Nice : “J’ai entendu parler d’une loi sur la promesse d’embauche. Je vais voir. Si ça marche pas, je me casse. J’en peux plus “. Il vit dans l’appartement d’un ami qui ” a des papiers “. Par peur d’être arrêté, il sort peu. Il évite ” Golfe Juan parce qu’il y a trop de flics et donne un faux nom en cas de problèmes “.
Aujourd’hui, il ne veut plus se cacher. ” J’en ai marre. Je vais parler franchement à la préfecture “. A l’accueil, il se renseigne sur la promesse d’embauche.
Un avenir sans cesse repoussé.
On lui répond positivement : ” Oui, c’est possible, revenez en janvier “. Le lendemain, le guichetier expliquera que ” ce n’est pas si facile. La préfecture n’a encore rien reçu par rapport à ce décret. On doit recevoir une liste de professions susceptibles d’appuyer les demandes de séjour “.
Hamza, lui, est mécano. Si sa profession ne rentre pas dans la bonne case, il n’aura plus de recours.En attendant, il répare des voitures sur un parking dans la hantise de devoir rentrer au pays, la Tunisie : ” en deux ans, tout ce que j’ai, c’est 100 euros dans ma poche. Revenir au bled comme un chien, je peux pas”.

Julie Azémar

La préfecture, grand corps malade

A Nice, les titres de séjour ne dépendent pas que de la loi.

phonoprefpetite.jpgIls attendent dans le froid, serrés contre les barrières de la file d’attente de la préfecture de Nice. Chaque matin, du lundi au vendredi, cette même scène se reproduit. Ils arrivent dès 7h30 pour être les premiers, à 9h, à l’ouverture du service “Étrangers” . Deux portes finissent par s’ouvrir. La foule silencieuse se presse pour obtenir un sésame qui se fait rare : le ticket d’entrée pour atteindre un guichet. A Nice, tous n’y ont pas droit. Officiellement, les tickets doivent être délivrés jusqu’à la fermeture du service à 14h. Mais mercredi 19 décembre, le fameux guichet était vide dès 10h. Après plusieurs accrochages verbaux, le personnel s’est évaporé derrière une porte fermée portant le message: “Guichet fermé”. Un peu plus loin, une autre information : « pas de guichet, pas de ticket ». Volonté de réduire l’affluence ou irrégularité ponctuelle?

 

Un traitement des dossiers inégalitaire
Jean-Pierre Billiez, président du Comité de Vigilance des Alpes-Maritimes (COVIAM), est sur le terrain avec les sans-papiers. Loin d’être étonné, il explique que ” ça arrive tout le temps “. Mr Billiez accompagne le parcours des étrangers à la préfecture. Il connaît les lois et appuie un couple de Géorgiens dont le mari, Péka, bénéficie de l’asile politique. Ana, sa femme, demande un titre de séjour. Elle se voit refuser le fameux ticket : son dossier manque de preuves de vie commune. Jean-Pierre Billiez conteste et ressort le dossier. Après relecture en présence du personnel, il est désormais complet. Peka confie que ” sans Jean-Pierre, on serait rentrés à la maison, comme ils nous ont dit. Nous, on ne sait pas tout. Ils en profitent “.

 

La préfecture est muette
Des pratiques quotidiennes que la préfecture n’a pas souhaité commenter. Pascal Marcot, directeur de la réglementation avec les usagers, n’a pas le temps pour un entretien ” en cette fin d’année chargée au regard de la très lourde charge du service concerné”. Par contre, il propose de relire mon article avant sa diffusion pour « nuancer » mes propos.Pas de chiffres donc sur les sans-papiers ni sur les demandes de régularisations acceptées ou refusées.

C’est le président du Tribunal Administratif de Nice, Jean-Marc Le Gars qui commente les pratiques préfectorales : “fermer un guichet, c’est un refus implicite de non traitement des dossiers, tout comme les non-réponses aux demandes. Ces refus ne sont pas illégaux car une non-réponse reste un refus. Après décision de la préfecture, les personnes peuvent saisir le tribunal “.

Du 1er janvier au 15 décembre 2007, le tribunal a invalidé près de 40% des décisions administratives concernant les refus de titres de séjour. Selon les cas, la préfecture devra accorder les titres de séjour, réexaminer les dossiers ou tout simplement les traiter. Un magistrat confie que tous ne sont pas examinés. La préfecture des Alpes-Maritimes est taxée de mauvais élève:” la pire”, selon certains magistrats de la Côte d’Azur.

Manque de moyens financiers et de personnels, l’organisation du service étranger est remise en cause. La priorité de Mr Le Gars, c” est d’accorder les titres si la loi le permet et de reconduire les étrangers dont les dossiers sont rejetés.”

Dans l’attente d’une décision, les personnes en situation irrégulières se presseront encore demain matin contre les grilles d’une administration qui ne fonctionne qu’a moitié.

Julie Azémar

Développement durable: entre utopie et réalité

Du rapport Brundtland en passant par des traités internationaux, le développement durable se veut l’instigateur d’une nouvelle société planétaire respectueuse et égalitaire. Bilan des 20 ans.

 

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Peut mieux faire”. Telle pourrait être la note attribuée à la conférence de Bali sur le climat et le développement durable, qui prend le chemin des mauvais élèves. On pourrait préciser sur son carnet de résultat : “doit faire ses preuves à l’examen”. Mais pour le développement durable, pas de contrôle. C’est bien là que la notion perd de sa force. Dans l’action, les actions que ce courant peine à mettre en œuvre. L’environnement est un des trois piliers du mouvement et la lutte contre le réchauffement climatique une nécessité incontestée. Hors, samedi 15 décembre, la conférence de Bali n’a pas pris les mesures concrètes pour diminuer les émissions des gaz à effets de serre. Les Etats-Unis, la Chine et l’Inde ont refusé d’inclure dans le préambule des décisions des objectifs chiffrés. Une fois de plus, les conférences (à l’image du protocole de Kyoto), n’adoptent pas de mesures contraignantes. Une ” feuille de route ” a été rédigée, sorte de compromis qui permet aux pays signataires d’attendre la conférence de Copenhague, en 2009.Le développement durable se retrouve une fois de plus tourné vers l’avenir. Il regarde vers l’avant depuis sa création.

 

Un courant né d’inquiétudes

 

Développement durable. Deux mots qui ont commencé une ascension commune dans les années 1970. Au départ, ils se voulaient réactionnaires. Anticipants des problèmes environnementaux que nous connaissons aujourd’hui, ce sont les scientifiques qui ont tiré les premiers la sonnette d’alarme pour alerter sur les dérives du développement à la sauce capitaliste.

En 1972, le club de Rome publie un rapport, ” les limites de la croissance “ qui prône la croissance zéro de la démographie humaine pour épargner les matières premières, énergies fossiles qui ne sont pas renouvelables. Il dresse un bilan du capitalisme largement déficitaire : la terre se réchauffe dangereusement et l’essor industriel se révèle destructeur pour les milieux naturels.

 

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Les catastrophes écologiques et humaines des industries chimiques font leurs premières victimes. Tchernobyl, Bhopal et Seveso sont les lieux de drames imputés aux activités humaines mal maîtrisées. Parallèlement, les inquiétudes sur l’augmentation des inégalités de développement entre le nord et le sud s’amplifient. Il est loin le temps où l’ONU avait baptisé les années 1960 ” décennie du développement “ en pensant que les pays du sud allaient rattraper leur retard économique.

 

Préserver les générations futures

 

Dangers environnementaux, économiques et sociaux impulsent alors une réaction mondiale cristallisée dans le rapport Brundtland de 1987.

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Le développement durable est né, il a pour objectif d’inventer une croissance ne pénalisant pas les générations futures. Un consensus se forme autour de la nécessité de concilier l’écologique, l’économique et le social en créant un ” cercle vertueux” entre ces trois piliers. Le mot clé de ce mode de fonctionnement sociétal est la transversalité.

La représentation la plus claire en est la création de l’Agenda 21 lors du Sommet de la Terre à Rio, en 1992. Cet agenda traduit la mise en œuvre du concept de durabilité à l’échelle nationale, régionale et locale (voir encadré). Mais, une fois encore, l’avancée n’est pas franche. Aucun échéancier n’a été adopté. Cette frilosité dans la prise de décisions perdure dix après, à la Conférence de Johannesburg en 2002.

Le bilan du développement durable est significatif de ses faiblesses : le fossé entre pays riches et pauvres s’est aggravé, les atteintes à l’environnement n’ont pas été stoppés. Le protocole de Kyoto (sur la réduction des gaz à effets de serre), entré en vigueur en 2005, est combattu par les Etats-Unis, premier pays pollueur au monde.

A Johannesburg, le siège dévolu à George Bush reste vide. Et même si l’ONU propose des thèmes de rénovation prioritaires tels que l’eau, l’électricité, la lutte contre le SIDA et la préservation de la biodiversité, la conférence ne contraint pas les Etats présents.

 

Pourtant, le développement durable s’invite partout. Sur les affiches publicitaires des groupes pétroliers et nucléaires.

Le PDG de BP France n’hésite pas à redéfinir ce concept: “ Le développement durable, c’est d’abord produire plus d’énergie, plus de pétrole, plus de gaz, et peut-être plus de charbon et de nucléaire, et certainement plus d’énergies renouvelables. Dans le même temps, il faut s’assurer que cela ne se fait pas au détriment de l’environnement”.decroissance-2.jpg

De plus en plus détourné des buts affichés, le développement durable agit comme un alibi pour maintenir un type d’économie qui détruit à la fois l’environnement et le social. C’est ce que pense les partisans de la Décroissance qui taxent le développement durable d’”insoutenable oxymore”. Les militants de ce collectif soulignent l’impossibilité de concilier le pôle économique capitaliste avec un développement social et environnemental soucieux des générations futures.

A l’heure actuelle, l’ idéal durable n’a pas permis à l’humanité de “vivre ensemble autrement”.

Il doit encore prouver qu’il n’est pas qu’une utopie et se positionner dans le présent, quite à modifier les comportements consuméristes extrêmes des pays riches.

Sa réalisation dépend de nos concessions. J.Azémar

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